CRUELLE, LA CHASSE AUX PHOQUES?

« Le bébé-phoque regarde dans les yeux de son exécuteur. Pas une miette d’émotion n’apparait dans le visage du pêcheur pendant qu’il frappe avec un bâton sur la bouche du phoque. Il est là étendu sur la glace, du sang coulant de son nez et de sa bouche. Mais il n’est pas encore mort, alors le pêcheur la frappe encore quatre fois, avant de lui mettre un coup d’hakapik dans l’estomac pour le traîner sur la glace jusqu’au bateau …  l’animal ne semble pas  encore mort et quelques secondes plus tard, il se débat furieusement. Il est clairement toujours vivant et dans une terrible agonie. Le pêcheur le frappe sur la tête encore trois fois. Je prie pour que l’animal soit mort avant d’être dépecé. » (1)

 L’observateur de ce meurtre en direct est un journaliste britannique et auteur de documentaires pour la BBC, Danny Penman. Ce  biochimiste de formation est venu, à quelques reprises – le plus récemment en 2008 –  observer la chasse aux phoques sur la côte est du Canada, non sans faire face à de multiples problèmes.  Il a essuyé de nombreux refus du gouvernement pour l’obtention d’un permis d’observation et des chasseurs l’ont menacé avec des couteaux, des fusils et des hakapiks.  Lors d’un autre incident, le journaliste a été obligé  de se barricader à l’intérieur de son hôtel pendant près de huit heures avant que des officiels de l’ambassade américaine et de la Commission Européenne viennent à son secours contre une foule agressive de chasseurs de phoques.

Après bien des démarches et des tactiques d’intimation de la part du gouvernement et des chasseurs, Penman a été a même de constater que la chasse aux phoques est aussi horrible que certaines images le suggèrent. Car pour justifier  les mesures restrictives dans l’octroi de permis d’observation, le gouvernement canadien accuse  les groupes de défense animale  de montrer au public des images  périmées, déformées, datant de plusieurs années et qui n’ont plus cours. Pourtant, la chasse aux phoques est  rigoureusement documentée par des observateurs  et par plusieurs groupes de défense animale.  A chaque année,des vidéos circulent sur le web et sont mises à jour.

Lors de ses observations de la chasse aux phoques, le journaliste britannique a  été  ébranlé par ce qu’il a vu : des banquises ruisselantes de sang, des piles de carcasses pourrissant au soleil, des bateaux de pêche rejetant le sang des phoques, la mer devenue écarlate.   Des dizaines et des dizaines de phoques battus à mort devant d’autres phoques apeurés, une infime minorité d’animaux se faisant tuer ou écorcher selon les « nouvelles réglementations gouvernementales ».

Malgré les prétentions du gouvernement canadien, la chasse  aux phoques comporte toujours de la souffrance animale.   Impossible de réglementer efficacement une chasse commerciale  dans des conditions imprévisibles de  météo et de glace, avec des chasseurs excités et nerveux.  Des chasseurs qui veulent  avant tout tuer un grand nombre d’animaux dans un laps de temps le plus court possible, en vitesse, pour faire encore plus d’argent.  Avec des animaux  dépecés parfois vivants, agonisant empilés les uns sur les autres, traînés toujours en vie sur la glace à l’aide de crochets tranchants. Des phoques tirés au fusil mais  pas tués du premier coup, blessés, abandonnés, se noyant dans de grandes douleurs.

Devant toute cette terreur des phoques et ce carnage des chasseurs, Penman n’a pu que se demander:« Et c’est ça qu’ils appellent une chasse aux phoques sans cruauté ?»

BIEN ÊTRE ANIMAL

Pour la gourou des tueurs de phoques, la sénatrice Céline Hervieux-Payette,  les chasseurs  ont   « toujours eu à cœur le bien-être animal ».  Certaines déclarations de chasseurs   – en 1998 –  à des agents du ministère de Pêches et Océans (MPO) et  obtenues grâce à des demandes d’accès à l’information contiennent  pourtant des cas graves de cruauté envers les phoques.

A lire ces accablants témoignages, on voit bien que l’intérêt premier des chasseurs  a toujours été de faire de l’argent et encore plus d’argent, sans aucun sens moral, de souci éthique ou de respect pour la vie animale. La course aux profits excuse toujours les comportements cruels.  «J’ai vu sept bébés jetés par-dessus bord après le dépouillement de la femelle. Nous étions dans l’aire de mise bas le 10 mars 1998 parce que j’ai remarqué qu’il y avait, sur huit des dix radeaux de glace, de jeunes bébés phoques avec les résidus post-partum et d’autres débris suite à la naissance sur les glaces. Je me souviens entre autres d’une fois où un jeune phoque regardait ses parents hissés à bord. Il a regardé le bateau qui les emportait s’éloigner. Les bébés n’ont pas été tués, ils ont été abandonnés sur la glace ».
                                                                                                                                                           « J’ai vu une femelle être dépouillée et son bébé est sorti de son ventre lorsqu’on l’a éventrée. Le petit était mort. …Le phoque était mort depuis un bon moment. Ce jour-là, on en avait attrapé cent soixante-dix. Quelqu’un a dit : « Si seulement Greenpeace était là pour voir ça ».
                                                                                                                                                           « Nous chassions les adultes et, à plusieurs occasions, nous avons pris les phoques plus âgés et laissé les petits sur la glace …Des phoques à capuchon ont mis bas pendant que nous les chassions. Il est vrai que nous avons pris des femelles avant qu’elles ne mettent bas et, à une occasion, j’ai bien vu un phoque tomber sur le pont pendant que sa mère se faisait dépouiller.»                                                                                                                                                          

« Il est souvent arrivé que les phoques mâles et femelles soient tués et embarqués sur le bateau et que les petits soient laissés sur la glace. Parfois, le bébé avait du sang sur lui car il venait à peine de naître… il y avait beaucoup de douilles de carabines de calibre .22 parmi les phoques. Souvent, ils se déplaçaient sur le pont du bateau.  Pendant ce voyage, nous avons capturé plus de trois mille phoques. Nous sommes arrivés autour du 21 avril 1998.  J’ai souvent vu des phoques en vie après avoir été hissés à bord des embarcations à moteur. Ils étaient achevés à l’aide d’un hakapik».
                                                                                                                                                               « La meilleure journée que nous avons eue est celle où nous avons tué environ cent quatre-vingts phoques. Ce jour-là, nous prenions les mâles et les femelles. C’était vers la fin de notre voyage. Il y avait beaucoup de bébés phoques autour et ils ont tous été abandonnés sur la glace. Le lendemain, nous avons tué quelques femelles qui étaient accompagnées d’un mâle et d’un petit ».

Dix ans plus tard, en 2008, un rapport vétérinaire de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA)  portant sur le bien-être des phoques dans le cadre de la chasse commerciale, confirmait que  les phoques ne sont pas toujours tués avec des pratiques de mise à mort efficaces  et qu’ils endurent la douleur et la détresse.(2) L’affirmation du gouvernement canadien selon laquelle 98 % des phoques sont abattus en conformité avec les principes d’une chasse sans cruauté est non fondée, concluait le rapport.    

Les chasseurs de phoque du golfe du Saint-Laurent où environ 25 % de la chasse se déroule, utilisent des fusils et des hakapiks.  Ceux sur le Front (Terre-Neuve et Labrador) se servent principalement de fusils, pouvant tuer près de 100 phoques à la minute.  Moins cruel le fusil ?

Un autre rapport publiée en 2007  affirme que  82 % des phoques chassés par arme à feu ne sont vraisemblablement pas tués par la première balle. (3)  Même avec des armes et une formation appropriées, le fait de chasser avec une arme à feu à partir d’une embarcation en mouvement  sur des phoques eux aussi en mouvement continue d’engendrer des taux de blessures élevés. La chasse aux phoques avec une arme à feu est tout autant cruelle sinon plus que celle avec le hakapik.                                                                                                                                                               Ce rapport  a été cosigné par un vétérinaire ayant observé  la chasse et par quatre autres scientifiques. Ils ont comparé les standards de « bien-être animal » de la chasse aux phoques à ceux des abattoirs canadiens et américains. A cause  d’un pourcentage élevé d’animaux blessés qui ne meurent pas dès le premier coup de fusil,  la chasse aux phoques est bien en dessous des normes obligatoires rencontrées dans les abattoirs  « Cette méthode de chasse doit être considérée comme inacceptable», disent ces scientifiques.

FAIRE TAIRE LES OPPOSANTS À LA CHASSE AUX PHOQUES

Flagrant conflit d’intérêt : comment le gouvernement canadien, en l’occurrence le MPO, peut-il  prétendre surveiller les chasseurs de phoques alors qu’il est  à la fois le promoteur et l’organisme de réglementation de la chasse aux phoques? Les navires de la Garde côtière sont souvent appelés à accomplir d’autres tâches qui les éloignent de la surveillance de la chasse et de l’application de la réglementation.   Ils sont parfois plus occupés à entraver le travail des observateurs que  celui des chasseurs. Les agents du MPO résident dans de  petites collectivités socialement et économiquement liées à la chasse aux phoques.  Peuvent-ils  vraiment exercer une surveillance et porter des accusations envers des amis, des voisins, voire des membres de leur famille?  Est-ce la loi de l’omerta qui règne dans ses communautés de chasseurs?

Un Comité permanent des pêches et des Océans, dont font partie des députés de circonscriptions de  chasseurs de phoques,  présente différents documents au gouvernement. Dans celui  intitulé « Pour une chasse aux phoques durable et sans cruauté », le  Comité  recommande que le MPO modifie le Règlement sur les mammifères marins pour réduire la distance à maintenir entre les titulaires de permis d’observation et les chasseurs. Le Comité veut fixer la zone tampon entre observateurs et chasseurs à 100 m. et à 400 m là où on chasse au fusil.  Il a aussi demandé que l’observateur obtienne « le consentement exprès et éclairé des chasseurs avant de les photographier en action »(4)

On veut de plus en plus éloigner les observateurs des lieux de chasse pour les empêcher de documenter les agissements des chasseurs. Une démarche antidémocratique et anticonstitutionnelle. Les tribunaux ont reconnu que l’observation de la chasse constitue une liberté fondamentale dont jouissent les observateurs en vertu du paragraphe 2(b) de la Charte canadienne des Droits et Libertés,  garantissant la liberté d’expression.

Cette liberté d’expression donne aussi le droit de se déclarer publiquement contre la violence de la chasse aux phoques, sans se faire insulter par les chasseurs ou certains membres du gouvernement et du Sénat.

UN SÉNATEUR QUI A DU COEUR

Le sénateur Mac Harb n’est pas un activiste pour les droits des animaux, ni un  végétarien. C’est après des voyages d’observation de la chasse aux phoques qu’il a décidé, lui aussi, de s’opposer à la cruauté de cette chasse commerciale : « J’ai vu de mes propres yeux les conditions dangereuses et la brutalité révoltante de la chasse. Malgré tous ses efforts, le gouvernement canadien ne peut tout simplement pas réglementer une activité commerciale exercée dans des conditions aussi dangereuses et dans un laps de temps aussi court. »

A quelques reprises, le sénateur a voulu présenter un projet de loi, la S207, afin de mettre fin à ce plus grand abattage de mammifères marins au monde.   Un seul sénateur, le conservateur Lowell Murray,  lui a donné un appui pour son droit à prendre la parole.    Mais tout débat  a été impossible sous les huées  des sénateurs du parti libéral qui lui criaient de se taire.  « Je n’ai jamais été aussi insulté dans ma vie que depuis ma tentative de faire passer cette loi, a-t-il déclaré à un journal de Vancouver.  Nous appelons ça encore une chasse. Mais ce n’est pas une chasse du tout. Ils ne peuvent pas marcher, ne peuvent nager, ne peuvent voler. Ce sont des bébés. Ce n’est pas une chasse. C’est un massacre.»

Le sénateur  s’est heurté au mépris de ses collègues sénateurs  mais aussi  à celui du gouvernement.  En 2008,  lorsqu’il  a tenté de rejoindre les troupeaux de phoques pour observer la chasse, le gouvernement n’a jamais voulu lui indiquer l’emplacement des tueries. Mais les brise-glaces de la Garde côtière – qui coûtent  50 000 $  par jour aux contribuables canadiens – n’hésitent pas à escorter les chasseurs  vers les troupeaux de  phoques.  Harb a dû  passer trois heures en hélicoptère à la recherche du site où étaient tués les phoques, avec l’aide du groupe de défense animale l’International Fund for Animal Welfare  (IFAW)  « En tant que sénateur le gouvernement aurait pu m’indiquer l’endroit, à titre de courtoisie. »

Harb a été témoin de scènes de chasse d’une barbarie inqualifiable.  Depuis ses voyages d’observation, dès qu’il le peut,  il présente partout à travers le Canada des vidéos et des photos  sur la chasse aux phoques qui soulèvent  dégoût et indignation chez ceux qui les visionnent:  «Il y a des images encore plus horribles que celles que vous venez de voir, dit-il aux spectateurs.   Ces images ne sont que la pointe de  l’iceberg. »

TOUTES LES VIOLENCES SONT LIÉES ET INTERDÉPENDANTES

Le travail des observateurs de la chasse aux phoques et des groupes de défense animale est dès plus important, il est même vital.  Pour ouvrir les consciences mais aussi pour avertir le public de certaines dérives cruelles envers les animaux.

Si la chasse aux blanchons  a été interdite  en 1987 ce n’est pas grâce aux chasseurs, à l’industrie de la fourrure ou au gouvernement canadien.  C’est plutôt suite aux efforts soutenus de militants pour la défense animale.   C’est en 1977 que  Brigitte Bardot a été  informée de la brutalité infligée aux bébés-phoques par  l’écrivaine Marguerite Yourcenar  qui considérait cette chasse comme  « une sauvagerie de l’âge de pierrel’un des symboles de notre brutalité envers la nature, pour des raisons futiles et indéfendables…Je trouve atroce d’avoir à penser chaque année, vers la fin de l’hiver, au moment ou les mères phoques mettent bas sur la banquise, que ce grand travail naturel s’accomplit au profit d’immédiats massacres. »

Alors qu’on demandait à Marguerite Yourcenar pourquoi elle avait un si grand  intérêt pour les animaux, elle a tout simplement répondu : « … la souffrance des animaux me touche. Comme la souffrance des enfants: j’y vois l’horreur toute particulière d’engager dans nos erreurs, dans nos folies, des êtres qui en sont totalement innocents. Quand nous frappons un enfant ou quand nous l’affamons, quand nous l’élevons de telle sorte que sa pensée soit faussée ou qu’il perde son goût de la vie, nous commettons un crime envers l’univers qui s’exprime à travers lui. La même chose est vraie quand nous tuons inutilement un animal, ou quand sans bonne raison, nous coupons un arbre. Chaque fois, nous trahissons notre mission d’homme qui serait d’organiser un univers un peu meilleur. » (5)

(1) Is this what they mean by ‘humane’ seal hunting? Danny Penman: http://www.dailymail.co.uk/news/article-1006242/Is-mean-humane-seal-hunting.html

(2)  E FSA. 2007. Scientific Opinion of the Panel on Animal Health and Welfare, document préparé à la demande de la Commission on the Animal Welfare aspects of the killing and skinning of seals. The EFSA Journal (2007) 610:1-123   http://www.phoques.net/études-vétérinaires

(3) B utterworth et al. 2007. Welfare aspects of the Canadian seal hunt: final report. http://www.antisealingcoalition.ca/resources/library/reports/welfareaspectsofcanadiansealhunt_butterworth.pdf

(4)http://www2.parl.gc.ca/HousePublications/Publication.aspx?DocId=3067100&Language=F&Mode=1&Parl=39&Ses=1

(5) Marguerite Yourcenar – Les yeux ouverts, 1980 – entretiens avec Matthieu Galey

Une réflexion sur “CRUELLE, LA CHASSE AUX PHOQUES?

  1. C’est horrible c’est inacceptable cela devrait être punis par la loi. C littéralement horrible !!!

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