Le fléau des usines à chiots

La chienne Candy a été rescapée d’une usine à chiots située dans une municipalité non loin de Rivière-du-Loup. Sa compagne humaine et zoothérapeute Nathalie Caron  s’indigne du sort réservé à cet animal considéré comme le meilleur ami de l’homme. « Dans notre région, on trouve plusieurs usines à chiots, c’est un vrai fléau », dit celle qui dernièrement a effectué un sauvetage de chiots maltraités par une famille négligente. Elle considère que la prolifération de ces usines est aussi problématique dans les petites municipalités que dans les grands centres urbains, car « c’est encore moins surveillé ».

La définition d’usines à chiots est large. Dans des chenils aménagés dans des granges, des cabanons ou des sous-sols, des femelles se voient forcer à mettre bas sans arrêt. Les éleveurs sont uniquement préoccupés par le profit et n’ont aucune notion de la psychologie canine. Très souvent, les chiens sont gardés en permanence dans une cage et ne vont jamais à l’extérieur. Ils ont accès à de l’eau et de la nourriture, mais vivent dans leur urine et leurs excréments.

Pour Nathalie, cette exploitation animale est révoltante et inacceptable : « Un chenil ayant une éthique professionnelle n’aura jamais plus de deux races et deux couples reproducteurs par race. Dans toute sa vie, une femelle ne doit pas avoir plus que quatre à six portées. Il ne faut jamais la faire s’accoupler avant qu’elle n’ait deux ans. Quand un éleveur a une dizaine de races de chiens à vendre, c’est un signe que c’est une usine à chiots. On ne peut pas s’occuper adéquatement des chiots, les éduquer et les socialiser avec une telle quantité d’animaux, c’est impossible. »

Même avis  du vétérinaire Sébastien Kfoury et cité récemment dans La Presse : « Le signal d’alarme est clair : quand on trouve plus de deux races dans un élevage et que les installations semblent improvisées, il vaut mieux rebrousser chemin. »

Des milliers d’usines à chiots

Selon la Société protectrice des animaux (SPA) Canada, près de 2 000 usines à chiots se retrouvent sur le territoire québécois. Elles produisent à la chaîne quatre millions d’animaux vendus à des particuliers et à des animaleries partout dans le pays et aux États-Unis.

En plus de leur cruauté, ces usines à chiots encouragent la surpopulation canine et les abandons d’animaux. Au Québec – 8 millions d’habitants – , on abandonne 575 000 animaux chaque année et 80 % d’entre eux sont euthanasiés.  En comparaison, la France – 63,4 millions d’habitants –  abandonne seulement 100 000 animaux.

Le sens des responsabilités, l’éducation et le changement des mentalités des propriétaires d’animaux s’avèrent une urgence pour sauver tous ces animaux. Surtout lorsqu’on sait que 50 % des abandons se produisent généralement autour du ler juillet, au moment des déménagements.

Afin de ne pas contribuer à ce phénomène de surpopulation, la SPA conseille de faire stériliser nos animaux,  Un chat non stérilisé peut théoriquement devenir le patriarche d’une famille de 420 000 chatons en sept ans. Et le Québec compte près de 1,6 million de chats errants. Pour l’achat d’un animal, on devrait privilégier les refuges qui débordent de très beaux chiens – et de chats – qui attendent impatiemment d’être adoptés.

La loi P-51

Une nouvelle loi concernant les animaux est entrée en vigueur le 14 juin dernier: la Loi P-51. Adoptée en décembre 2011, elle modifie celle sur la protection sanitaire des animaux. C’est un pas dans la bonne direction mais pas une fin en soi pour de nombreux défenseurs des animaux, car elle comporte de graves lacunes. L’organisme Québec-Animaux, qui a organisé plusieurs manifestations contre les usines à chiots et milite pour leur fermeture, souhaiterait par exemple que la loi fixe une limite de vingt chiens par élevage.

Une des lacunes de cette loi c’est qu’elle n’impose aucune limite au nombre de chiens que l’on peut garder dans un chenil. L’éleveur peut avoir des centaines de chiens pourvu que les cages soient conformes et que les animaux aient accès à de l’eau et de la nourriture.

Il y a cependant une amélioration concernant les amendes. On devra payer entre 2 000 $ et 25 000 $ pour une première offense de maltraitance animale et entre 6 000 $ et 75 000 $ pour une deuxième.  Mais en comparaison, en Ontario, les amendes s’avèrent encore plus élevées et il y a même des peines d’emprisonnement pour les coupables.  Cette province compte sur deux cents inspecteurs pour faire respecter sa loi, au Québec on en dénombre seulement quarante.

Nouvelles dispositions

L’application de la loi P-51 stipule que dorénavant les animaux devront être toilettés mais aucun examen médical n’est rendu obligatoire. Toute personne possédant plus de cinq chiens ou chats devra tenir un registre sur leur provenance. Des normes de garde viseront à faciliter le travail des inspecteurs sur le terrain. Le propriétaire devra avoir un protocole d’exercice. Aucun animal ne pourra être euthanasié en présence d’un autre animal. Les chatons et les chiots ne pourront être sevrés avant l’âge de huit semaines.

« Pour la législation québécoise, un animal est considéré au même titre qu’un meuble, son caractère d’être vivant et sensible capable de ressentir de la douleur est ignoré. La Loi P-51 n’a pas assez de mordant, elle n’éliminera malheureusement pas les usines à chiots », conclut Nathalie Caron.

MARJOLAINE JOLICOEUR

Pour rapporter une situation susceptible de compromettre la sécurité ou le bien-être de chiens ou de chats on communique avec ANIMA-Québec au 418.688.1771 ou à  info@animaquebec.com

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