Manger moins de viande pour sauver la planète?

En alimentation, qui fait le moins de mal à l’environnement? Une recherche en Italie fait passer les végétariens bio et les végétaliens, mais fait redoubler les autres qui mangent de la viande bio....

 Il y a une empreinte sur la Terre, laissée par chacun de nous. Une zone de terrain autrefois fertile qui ne le sera plus jamais. Exploité pour nous permettre de maintenir notre niveau de vie. Notre empreinte est grande: 30 fois plus que celle d’un habitant de l’Inde. Et elle pèse plus que jamais sur l’écosystème. Mais il y a une bonne nouvelle: nous pouvons la réduire en faveur de cet Indien et de nos enfants. L’empreinte écologique, c’est notre impact sur la nature. Selon le Living Planet Report du WWF, nous exploitons aujourd’hui 20 % de ressources en trop par rapport à la capacité biologique de la Terre. Que faire? Regarder ce que nous mettons dans nos assiettes.

C’est le thème d’une étude italienne sur l’impact environnemental des différents types d’alimentation. Durant les vingt prochaines années à venir la population mondiale dépassera les 7 milliards et les réserves d’eau par personne diminueront d’un tiers. Présentement, 70% de l’eau est utilisée pour abreuver les vaches et arroser les pâturages. (Un bovin boit 200 litres d’eau par jour. Pour produire cinq kilos de viande, il faut autant d’eau qu’en consomme une famille moyenne en un an). Le Programme en faveur de l’environnement et d’un développement soutenable accepté par l’ONU place au premier plan «la modification du comportement individuel».

Manger moins de viande est utile, certes, mais ne suffit pas. Deux chercheurs, le chimiste environnemental Massimo Tettamanti et la biologiste Rafaella Ravasso, ont comparé différents types d’alimentation, en tenant compte du niveau de dommages qu’ils créent à la santé humaine, à la qualité des écosystèmes et aux ressources. Catégories en liste : l’Italien moyen, omnivore et insouciant de l’équilibre alimentaire et qui mange viande, lait et œufs produits en élevage intensif – Celui qui mange la même chose mais choisit le bio. – Les végétariens (bios ou non) et les végétaliens qui ne se nourrissent que de végétaux (bios ou non).

LES BONS ET LES MÉCHANTS

Mais que signifie analyser un régime d’un point de vue environnemental? «Chaque processus, si on l’entend comme produit matériel particulier (100 grammes de blé ou un laitage) provient d’un ensemble de matériaux et d’énergie. Il est, en outre, le résultat d’approvisionnement en matières premières, de production, de distribution, de traitement des déchets et de récupération» C’est ainsi que pour évaluer l’impact sur l’environnement de la production de 100 grammes de blé, il est nécessaire de prendre en considération tous les processus de préparation des fertilisants, d’irrigation, de récolte, de traitement et de transport du produit ainsi que les processus de traitement des déchets. Il faut considérer les matières premières et les ressources énergétiques employées mais aussi l’énergie dépensée, les émissions dans l’air et dans l’eau et les déchets solides. À la fin, chaque impact est synthétisé en un nombre de points, d’autant plus élevé qu’il est plus dommageable pour l’environnement.

Et voici à présent ce qui ressort de l’analyse de Tettamanti et de Ravasso qui a duré deux ans. Le menu omnivore, avec des produits qui dérivent d’élevages intensifs obtient 2,34 points. Le plus fort impact sur l’environnement est causé par la consommation d’eau suivie par celle des combustibles fossiles utilisés lors des processus d’élaboration, de production et de transport, et encore, par les dommages à la respiration des composés chimiques inorganiques liés à ces mêmes processus, par la consommation du territoire et enfin par les processus d’acidification du aux déjections animales, aux pesticides et aux fertilisants. Quel est l’aliment le plus dommageable? Le bœuf, suivi par la sole, le fromage, le lait, les yogourts, les légumes, le thon et le poulet. Mais si notre omnivore acquiert des produits bio, le compte des points descend à 1,36.

Le végétarien qui consomme des produits qui ne sont pas bios correspond, quand à lui, à un score de 1,56; au premier rang des aliments les plus nocifs (toujours dans le sens où les produire consomme des ressources et pollue), se trouvent maintenant les fromages.

On descend à 1,03 points pour le végétarien bio, à 0,854 si le choix est végétalien mais non attentif au biologique et à 0,599 pour le végétalien bio.

S.O.S. EAU

De quoi dépend l’impact de l’alimentation sur l’environnement? «La consommation d’eau est l’élément le plus important: de 41 à 46 % du total», répond Tettamanti. «N’oublions pas que 70 % de l’eau de la planète est consommée par l’élevage et l’agriculture, 22 % par l’industrie et seulement 8 % pour l’usage domestique». Il y a ensuite 15 à 18 % d’impact dû aux dommages causé par les composants chimiques inorganiques et de 20 à 26% à la consommation de combustibles fossiles. Dans ces deux derniers cas, cela est dû aux processus d’élaboration, de production et de transport des aliments.

Le gaspillage énergétique est éclatant: pour chaque calorie de viande bovine, 78 calories de combustible sont utilisées; pour une de lait, 36 de combustible. Par contre, pour chaque calorie dérivée du soja, on ne consomme que deux calories de combustible. Environ 5 à 13 % de l’impact de notre alimentation sur l’écosystème est dû à la consommation du territoire. Chaque année, 17 millions d’hectares disparaissent des forêts tropicales. Toute la faute ne revient pas aux élevages intensifs mais ils se taillent la part du lion. Comme en Amazonie, où 88 % des terrains déboisés a été affecté aux pâturages. Ou au Brésil, où l’Institut de recherche spatiale fait état d’une croissance de la déforestation de l’ordre de 41% : en 10 ans seulement, le pays a perdu une zone verte deux fois grande comme le Portugal. Et l’ONU estime que 70 % des terrains affectés à des pâturages sont aujourd’hui en voie de désertification. Enfin, 3 à 4 % de l’impact est dû aux processus d’acidification (de l’eau, du sol et des forêts) et d’eutrophisation (prolifération hors normes d’algues). La faute en revient surtout aux déjections animales.

Il y a donc des types d’alimentation qui aident l’environnement, comme le végétalien et le végétarien bio. Et il y a par contre des régimes alimentaires inacceptables d’un point de vue environnemental (et social): celui de l’Italien moyen qui met à table des produits d’agriculture et d’élevage intensifs qui exploitent les ressources des pays les plus pauvres, consomment, polluent et sont cause de déforestation et de désertification.

Conclusion de l’étude – Manger moins de viande ne suffit pas, même si elle est bio. L’alimentation la plus apte à aider la planète est celle du végétalien bio.

Source: « Lo mangio delicato » – Republica, juillet 05- Daniela Condorelli et Paola Segurini

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